© 2019 par Ma & Ky & Mi

Kep

January 31, 2018

Le mois de décembre fut long. Au delà de l'excitation et de l'angoisse de partir, il a fallu finaliser tous les préparatifs à la hâte (en bonne reine de la procrastination que je suis), recruter quelqu'un pour renforcer l'équipe au boulot et organiser la passation, gérer la vie perso pas toujours simple et chercher le soleil (spoil : on l'a jamais trouvé).
Et au milieu de tout ça je me suis accroché à une idée qui m'a porté et motivé tout le long de ce mois de décembre : manger du crabe au poivre à Kep. Je ne sais pas pourquoi, le crabe n'est pas une obsession, je mange peu épicé et dès que ça pique un peu je passe le repas à me moucher.
Mais à chaque coup de mou je me disais : dans quelques semaines tu mangeras du crabe au poivre au bord de la mer.

Kep, anciennement Kep-sur-mer à l'époque de l'occupation française, fut une petite cité balnéaire cotée. Aujourd'hui elle a retrouvé son calme et son charme, les anciennes maisons coloniales françaises ont été brûlées et des chèvres jouent dans les décombres. 

 


Partis de Siem Reap, nous avons pris un bus couchette, que les enfants ont adoré (moi moins mais à cause du chinois à côté de qui j'ai "dormi" - les 3/4 des couchettes sont des lits 2 places, sinon c'était hyper confortable), et puis arrivés à Phnom Penh encore un autre bus pendant 4h. Dans ce second bus j'ai rencontré une dame khmer, retraitée, qui a vécu de longues années en France. Malgré la profonde envie de dormir (la faute au chinois dans le bus - vous suivez ?) je l'ai écoutée me raconter son pays, son système médical, sa corruption, ses enfants restés en France, son départ à 20 ans en France pour faire ses études et son bébé qu'elle a laissé au Cambodge à ses parents, puis le silence radio pendant des années sous le régime des Khmers rouges et sa fille qu'elle a retrouvé quand elle avait 7 ans, toutes ces années sans nouvelles, sans savoir si elle était vivante, si ses parents étaient vivants, où ils étaient...je me suis dit que vraiment sur cette Terre il y avait des gens incroyables de courage, de dignité, quelle angoisse elle a du vivre ! Mais elle est là, toujours debout, avec son ravissant chapeau à larges bords, son rouge à lèvres et son vernis à ongles, prête à passer le week end à la mer chez son amie.
Et puis tout d'un coup on était arrivés à Kep.

Encore une fois mes talents d'organisatrice nous ont mené dans une charmante auberge tenue par un français, Dominique, au milieu de la jungle et au pied du parc national, à 5 minutes à pied de la (petite) plage. Dans son jardin des dizaines d'arbres fruitiers, des plantes et des fleurs partout, des singes, des lézards, des chats, des oiseaux...un petit paradis !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Nous avons donc fait un trail dans le parc national, entre les singes et les serpents (encore une première fois pour les enfants), sur un petit chemin ombragé, à se raconter des histoires, à faire des devinettes, à chanter des chansons, c'était vraiment un chouette moment, déconnectés de tout, dans un paysage somptueux !

 

 

 

 

 


On a été un peu se baigner dans une eau à 30 degrés, au milieu des cambodgiens venus profiter du week end en famille, on a mangé du fameux crabe bleu pêché ici, on a regardé le soleil se coucher chaque soir sur le golfe de Thaïlande. Les enfants le savent bien maintenant ; peut importe ce qu'il se passe dans la vie, le soleil se couchera chaque soir et se lèvera chaque matin. La vie continue et on avance. Même si c'est dur, même si on a l'impression qu'on ne se relèvera jamais, en fait on y arrive toujours. Même si parfois notre démarche restera un peu bancale, même si parfois notre dos sera un peu courbé ou notre regard un peu fuyant. 

 

 

 

 

 

On m'a beaucoup dit que j'étais courageuse de partir seule avec eux, mais moi mon grand défi il était ailleurs...et j'ai repoussé un peu plus loin mes limites à Kep. Comme les enfants qui rentrent de l'école à 7 ans, les touristes en tongs ou les locaux sans casque, je rêvais de conduire un scooter. Après tout, je ne suis pas plus bête qu'une autre, pas de raison donc que je ne réussisse pas.
Chose faite ; encouragée et motivée par les enfants on a loué un petit bolide et munis d'une carte on est partis visiter les environs pendant 2 jours. Je les entendais crier de joie dans mon dos, chanter très fort quand je m'accrochais aux poignées à m'en faire des ampoules pour éviter les trous dans les pistes, rire aux éclats quand je n'arrivais pas à éviter les fameux trous, et puis des fois je n'entendais plus rien, parce que le petit dormait affalé sur sa sœur et qu'elle profitait du paysage.
 

 


Pendant ces 2 jours nous avons visité un temple dans la montagne, 

 

 

 

 

escaladé des montagnes pour avoir une vue incroyable, 

 

 

 

 

 

on a regardé le soleil se refléter dans les marais salants, 

 

 

 

 

 

 

on a visité une plantation de poivre.
 

 


Le poivre de Kampot est considéré parmi un des meilleurs du monde. Le climat, la terre en font un poivre exceptionnel et au goût jamais vu ailleurs ! Les khmers rouges ont détruit toutes les plantations et elles redémarrent doucement, depuis 15 ans. On a donc visité la plantation, en français, et vu le travail de fourmi que c'était de ramasser le poivre et le trier, à la main ! Le poivre est ramassé vert et rouge, puis trié ; le vert sera consommé frais, avec une durée de conservation limitée à quelques jours, ou séché au soleil pour devenir noir.
Les grains rouges seront séchés également, une dizaine de jours au soleil. Une partie sera bouillie pour retirer la petite peau rouge et ainsi devenir du poivre blanc !

 

 

 

 

 

 


Ma grande fille a adoré la visite, c'est vrai que c'était un super moment, on a passé au moins 3h dans la plantation !

Mais on s'est aussi et surtout complètement perdus au fin fond de la campagne, la ou les routes n'existent plus, ou les gens se déplacent à cheval, on a reçu des centaines de "hello !" de gens et d'enfants étonnés de voir des étrangers dans leurs contrées, on a vu des enfants se baigner dans des lacs souterrains, on a vu des veaux téter leur mère, on a vu des poules suivies de leurs petits poussins, on a vu des bébés dormant dans des hamacs, des hommes ponçant les marches d'un temple immense perdu au milieu de rien, des femmes dans les rizières, on a vu des paysages époustouflants et finalement on a retrouvé, presque à regret, une route...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

je crois qu'on a goûté à la liberté, la vraie, celle qui te fait tout oublier, qui te reconnecte à la terre et aux hommes, cette liberté ou tu ne te pose plus de question. Cette liberté ou on a réussi à être dans le présent, à profiter du moment. Et quel sentiment incroyable ! 

 

 

On passe notre vie à courir derrière cette liberté impossible puisque la vie est une suite de contraintes...
Mais ce voyage remet aussi en question beaucoup de choses sur ces fameuses contraintes et l'éducation que je donne aux enfants.
Quand mon fils m'a demandé une soupe aux légumes à 10h du matin, j'ai failli répondre "ce n'est pas l'heure de manger" et puis après tout, pourquoi pas si il a faim ? Pourquoi devoir attendre midi ? Il a eu sa soupe et n'a pas demandé à remanger avant le goûter.
Quand il m'a demandé à garder son tee-shirt de pyjama pour aller faire de la moto parce qu'il se trouvait "beau et stylé" avec, à quel titre j'aurais refusé ?

D'autant plus qu'ici la moitié des femmes se baladent en pyjama (si si, véridique, photos à l'appui :)

 

 

 


Petit à petit j'arrête de demander à ma fille si elle a froid parce que moi j'ai froid, j'arrête de leur dire attention tu vas tomber car ils sont suffisamment grands et autonomes pour juger si leurs actes sont dangereux ou pas...et que j'ai confiance en eux. Il y a des contraintes qu'on ne pourra jamais supprimer mais depuis quelques jours notre mode "voyageurs" est bel et bien activé : on ne sait désormais plus du tout quel jour de la semaine on est ; on mange quand on a faim, et on dort quand on est fatigués.
On s'écoute tout simplement, pour répondre à nos vrais besoins. Et c'est peut-être ça la liberté après tout ! 

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