© 2019 par Ma & Ky & Mi

Ko kood - réflexions

March 16, 2018

La Thaïlande est le pays que j'avais le moins étudié avant notre départ. Dernier pays, ça me semblait si lointain. Je savais juste que je voulais finir à la mer, pour se reposer après ce grand voyage et avant de rentrer.
Je voulais surtout quelque chose de très tranquille, loin des fêtes et des activités à sensation. Juste du repos, du calme.
Pour les îles du sud, il fallait prendre l'avion et on n'avait pas envie de refaire de long trajet. Notre arrivée à Bangkok au milieu des touristes en revenant m'avait presque dégoûtée d'y aller. Alors, après des heures de recherche, je me suis décidée pour une île, la 4ème plus grande de Thaïlande, à l'est de Bangkok, près de la frontière cambodgienne.
J'avais lu de Ko Kood que c'était une ile encore très sauvage, avec 90% de jungle et une seule route du nord au sud. C'est donc ici que nous sommes arrivés après quelques heures de bus et un bateau. 

 

 

 

 

 

Ces quelques jours là-bas, j'ai très égoïstement presque pas envie de les raconter tellement ils ont été beaux, sereins, apaisés.


Nos journées furent simples et en même temps extraordinaires ; on savait qu'on vivait nos derniers jours de voyage et chaque moment fut décuplé dans ses sensations.


On a senti une liberté énorme en parcourant l'île en scooter, on a eu le ventre noué quand on a accompagné tonton Habib à l'hôpital après une vilaine chute dans une cascade, on a rit aux éclats simplement de la joie de se baigner dans une eau si claire et au milieu des poissons, on a eu peur quand on s'est disputé avec un thaïlandais pour une histoire d'argent et qu'il a menacé d'appeler la police, on a vécu les levers et couchers de soleil sur la plage, sincèrement. 

 

 

 

 

 

 

 

Chacun a pu trouver sa place sans empiéter sur celle de l'autre ; Habib s'est totalement investi dans la gestion quotidienne des enfants, ce qui m'a permis de souffler un peu. C'est vrai que c'est confortable d'avoir une aide pour porter son sac, porter son fils fatigué, prendre une décision ou faire fuir un papillon qui me tourne autour (oui j'ai la phobie des papillons) !

 

 

 

 

 

 


Voilà comment s'est terminé notre voyage ; aussi simplement qu'il avait commencé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On a essayé, parfois, de se préparer au retour. Ma fille a hâte de retrouver son doudou qu'elle avait laissé de peur de le perdre. Mon fils est pressé de retrouver son lit. Moi je suis contente a l'idée de pouvoir cuisiner et manger autre chose que du riz frit et des nouilles.

On ne sait pas comment on va réussir à se réadapter à la sédentarité, au quotidien et à sa routine. Mais j'ai l'impression qu'on n'a pas peur. Peut-être aussi parce que d'autres rêves ont émergé pendant ce long voyage, et que ce départ n'était qu'un tour d'essai.
Je suis si fière de voir ma fille si belle, si grande, mon vrai bras droit dans ce voyage, capable de vivre cette aventure solidement ancrée dans la réalité. De la voir s'ouvrir comme une fleur face au monde, sûre d'elle, de la voir intégrer ses propres souvenirs.
Je suis fière de voir mon petit inébranlable face à l'inconnu, sans peur du lendemain, toujours partant pour de nouvelles expériences. J'ai tant aimé les regarder, lui scrutant le moindre petit détail et venir me raconter comment la fourmi avait porté une miette qui avait l'air si lourde pour lui, elle passant dans cet âge entre 2, qui n'est plus l'enfance et pas encore l'adolescence. J'ai passé du temps à les regarder, à enfouir dans ma mémoire ces petites émotions sur leurs visages, à scruter leur peau si douce et si belle, encore préservée des cicatrices, boutons et autres rides. J'ai aimé les voir sérieux et graves dans certaines situations, et redevenir des enfants des qu'il s'agissait de prout caca.
J'avais écrit ce petit texte en Malaisie il y a 2 ans sur mon compte Instagram : 

 

Je pourrais réécrire ces mots à la virgule près aujourd'hui. Rien n'a changé, et même leur capacité d'émerveillement ne s'est pas essoufflée.
Je suis fière de les ramener, entiers, sans qu'ils aient été une seule fois malades, et pourtant j'en ai croisé des gens sur la route qui avaient attrapé la dengue, qui avaient chuté en scooter et qui avaient des plaies importantes.


Ce voyage m'a poussé dans mes retranchements. Je me rappelle la boule au ventre qui ne me lâchait pas avant le départ, cette petite voix qui me soufflait, furieuse : Mais pourquoi tu te complique autant la vie avec tes projets ! Tu cherches à prouver quoi en partant ?
Eh ben, je crois que je me suis surtout prouvée à moi qu'en fait, je avais pas peur. Je n'ai pas peur, de personne, d'aucune situation. J'ai été émue et réconfortée pendant ce voyage de toutes ces femmes que j'ai rencontré et de voir qu'au bout du monde nous vivons aussi des joies, de l'émerveillement face à nos enfants, des deuils, des chagrins d'amour, du découragement. Toutes ces femmes étaient debout avant tout le monde et au lit les dernières, toutes ces femmes travaillaient, souvent avec un bébé dans les bras ou un enfant dans les pattes, quand les maris étaient bien souvent à jouer aux dominos, à boire des bières ou à faire la sieste dans un hamac. 

J'ai eu l'impression, avec elles toutes, de faire partie d'une grande communauté, de celles qui font tourner le monde sans récupérer autre chose que des miettes, Mais qui pour autant continuent parce qu'elles sont les colonnes vertébrales de la famille, du village.
Souvent dans ma vie je me suis retrouvée avec effroi devant des choix à faire, à un carrefour avec plusieurs routes et moi seule devant faire un choix. À chaque fois je pensais à ces routes que je n'emprunteraient pas et à tout ce que j'allais, de fait, ne pas vivre. Aujourd'hui je vois ces carrefours comme des chances incroyables ; oui, certaines choses ne seront pas vécues. Mais toutes celles qui vont pouvoir se vivre ! C'est une opportunité folle ! Je sais pertinemment que la vie à des plans pour chacun d'entre nous et son lot de grandes joies à apporter. Je n'ai plus peur de ce que je n'aurai pas, parce que j'ai maintenant conscience de tout ce que j'aurai. C'est presque excitant de devoir faire des choix ; parfois on se trompe Mais on apprend toujours. Souvent on ne se trompe pas, et on se dit qu'on a bien fait. On a appris des choses, on a grandit, on a avancé. Beaucoup de gens m'ont dit "wahou quelle chance que tu as, j'aimerais tellement faire ça aussi moi aussi, mais..."

Mais quoi ?? Le "oui mais", le "c'est pas si facile" cette belle arme contre le changement ...est-on vraiment sur de vouloir quelque chose quand on se cache derrière le "oui mais" ? Le fait de ne pas être prêt pour une chose n’est pas grave, il suffit de le reconnaitre, d’accepter… personne ne vous demande de vous justifier ! si on ressent le besoin de se justifier sans demande particulière en face c’est peut-être qu’il y a une incohérence en nous tout simplement…je suis maman solo, j'ai un boulot à temps plein, 2 enfants que j'élève seule et pour qui je n'ai jamais voulu refuser une activité extra-scolaire sous prétexte que je suis seule..ça me vaut beaucoup de fatigue, du découragement parfois, des soirées compliquées..mais j'ai fais ce projet et j'ai été jusqu'au bout. Quand j'ai eu la validation de ma chef je suis comme tombée dans un gouffre. Je me suis dit : là tu peux plus reculer ! je me suis fait violence car j'avais peur. Peur du changement, peur de partir, peur de ce que ça allait provoquer en moi, peur du retour, peur des gens, peur de mourir dans un bus ou que mes enfants tombent malade. Mais j'ai mis le "oui mais" de côté car dans le fond je le voulais réellement et j'ai tout fait pour y arriver. Tout cela m'a aussi permis d'être en cohérence avec moi-même. Accordons-nous le temps de cheminer et d'accepter que cela puisse nous changer. La préparation de ce voyage m'a sûrement apporté un regard plus bienveillant sur moi-même aussi !

 

On a parcouru près de 6 000 km, en bateau, en bus, en tuktuk, en avion, en pick-up, en minivan, en train. On a adoré cette vie faite de changement de programme au dernier moment, en suivant nos envies. Jamais on a été fatigués de partir pour ailleurs, jamais on a soufflé ou été découragés des heures de transport à venir, parce qu'on savait qu'on allait découvrir un endroit, des gens, se créer de beaux souvenirs. C'est quand je regarde cette carte que je me dis : on a réussi, tous les 3. On a fait quelque chose d'incroyable !

 
On a forcé nos esprits à s'ouvrir ; moi, avant de partir, l'Asie c'était un peu un endroit mystique. Les asiatiques de mon enfance ne s'étaient jamais mélangés aux autres, pourtant je vis au milieu de la plus grosse communauté asiatique d'Europe, devant le 13 arrondissement de Paris ! Je croisais souvent ces femmes ridées tirant un cabas plein de produits étranges, brûlant de l'encens dans les temples.
Aujourd'hui je comprends ce qu'elles transportent dans leurs sacs, je comprends que le soleil dans les champs et la posture dans les rizières à tanné leur peau et a voûté leur dos.
Comme j'ai la chance d'avoir des amis qui ne sont pas toujours tendres avec moi, l'un d'eux m'a dit avant le départ "qu'est ce que tu fuis ?". Je peux aujourd'hui lui répondre que je ne fuyais pas. Au contraire, je cherchais quelque chose. Et je me suis trouvée moi.  

Pendant toutes ces longues semaines nous avons été heureux. Vraiment.


Nous avons vu des paysages magnifiques, nous avons rencontré des personnes incroyables, avons assisté à des situations émouvantes. Beaucoup beaucoup de personnes vivent encore en connexion avec la Terre, et c'est sacrément rassurant.
J'ai personnellement vécu ce voyage comme un retour aux sources, au nécessaire, a l'indispensable. Je l'étais déjà dans le matériel, ça me l'a confirmé : un bol de riz, un matelas suffisent. Mais je n'avais pas encore perçu comme les relations humaines pouvaient être simples, sincères et apaisées.
Je suis heureuse d'avoir découvert tout cela, et de l'avoir partagé avec mes enfants. Je n'ai pas la prétention de les changer avec ce type de voyage. Je plante simplement quelques graines, qu'ils décideront ou non d'arroser ensuite.


Le monde est vaste. Nous sommes pressés de continuer à le découvrir ! 

Et pour clôturer ce voyage, notre petite vidéo de Thaïlande ici !

 

Merci à tous ceux qui ont partagé cette aventure avec nous...à toutes ces rencontres sur la route, à vous qui nous avez lu, laissé des messages, ici ou sur Instagram...on revient vite !

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